Pourquoi la structure compte plus que le talent
Quand une intervention orale ne passe pas, le public dit rarement « c'était mal structuré ». Il dit « c'était long », « je n'ai pas compris où il voulait en venir », « elle a dit des choses intéressantes mais je ne saurais pas les résumer ». Ce sont, à chaque fois, des problèmes de structure.
À l'oral, le public n'a ni table des matières ni possibilité de revenir en arrière. Il ne retient que ce qu'il peut ranger. Votre travail consiste donc à lui donner, dès le début, les cases dans lesquelles ranger ce que vous allez dire, puis à remplir ces cases dans l'ordre annoncé, puis à lui rappeler ce qu'il a rangé. C'est tout le sens des trois temps.
Avant la structure : l'objectif et l'idée centrale
On ne structure pas du vide. Avant d'écrire la moindre partie, répondez à deux questions.
Quel est mon objectif ? Formulez-le en commençant par « À la fin, je veux que le public… » : décide, comprenne, accepte, se souvienne, fasse. Un objectif par intervention. Si vous en avez deux, vous avez deux interventions.
Quelle est mon idée centrale ? C'est la phrase que le public doit pouvoir répéter en sortant. Une seule phrase, affirmative, concrète. « Nous devons reporter le lancement d'un mois pour sécuriser les tests » est une idée centrale. « Je vais vous parler du planning du projet » n'en est pas une.
Tout ce qui ne sert pas l'idée centrale est, par définition, superflu. C'est la règle qui permet de couper, et couper est le travail principal de la préparation.
Temps 1 : l'introduction, en trois mouvements
L'introduction doit faire trois choses, dans cet ordre, en moins de dix pour cent du temps total.
Accrocher
La première phrase gagne ou perd l'attention. Évitez « Bonjour, je vais vous présenter… » : le public l'a entendu cent fois et décroche avant la fin. Préférez une accroche qui crée un écart : un chiffre surprenant, une situation vécue en deux phrases, une question à laquelle le public n'a pas la réponse, une affirmation contre-intuitive. L'accroche doit être liée à l'idée centrale, sinon elle n'est qu'un effet.
Annoncer l'idée centrale
Dites tout de suite ce que vous allez défendre. À l'oral, le suspense dessert : si le public ne sait pas où vous allez, il ne peut pas vous suivre. « Je vais vous montrer pourquoi nous devons reporter le lancement d'un mois. »
Donner le plan
Deux ou trois parties, pas plus, annoncées en une phrase. « Je vous présente d'abord ce qui bloque aujourd'hui, ensuite ce que le report permet, enfin ce que cela change pour vos équipes. » Le public vient de recevoir ses cases.
Temps 2 : le développement, deux ou trois parties
Le développement occupe environ quatre-vingts pour cent du temps. Ses règles sont peu nombreuses mais strictes.
- Deux ou trois parties, jamais plus. Au-delà, le public ne les retient pas et vous ne les tenez pas. Si votre sujet a sept aspects, regroupez-les.
- Une idée par partie, et une seule. Chaque partie commence par sa propre phrase-clé, puis la preuve (exemple, chiffre, démonstration), puis une phrase qui la relie à l'idée centrale.
- Des transitions explicites. « Voilà pour ce qui bloque. Venons-en à ce que le report permet. » Les transitions sont les panneaux indicateurs du public ; elles paraissent lourdes à l'écrit et sont indispensables à l'oral.
- Du concret avant l'abstrait. Un exemple précis se retient ; une généralité s'oublie. Si vous devez énoncer un principe, illustrez-le immédiatement.
- L'ordre compte. Pour convaincre, gardez l'argument le plus fort pour la fin du développement, juste avant la conclusion. Pour informer, allez du plus simple au plus complexe.
Un bon test : donnez votre plan à quelqu'un qui n'a pas assisté à la préparation et demandez-lui de deviner l'idée centrale. S'il y arrive, la structure tient.
Temps 3 : la conclusion, qui n'est pas un résumé
Beaucoup d'interventions s'effondrent à la fin : « Voilà, c'est à peu près tout, est-ce que vous avez des questions ? » La conclusion est pourtant le moment que le public retient le mieux. Elle doit faire trois choses.
Rappeler l'idée centrale, avec les mêmes mots qu'en introduction ou presque. La répétition, à l'oral, n'est pas une faute : c'est ce qui fixe le message.
Dire ce que vous attendez. Une décision, une action, une date. « Je vous propose de valider le report aujourd'hui pour que les équipes soient prévenues lundi. » Une intervention qui ne demande rien ne produit rien.
Finir sur une phrase préparée. La dernière phrase doit être écrite et apprise, comme la première. Elle peut faire écho à l'accroche, ce qui donne une impression de boucle fermée. Puis taisez-vous. Ne rajoutez pas « voilà ». Le silence qui suit une bonne conclusion fait partie de la conclusion.
Les questions viennent après la conclusion, pas à la place. Si vous craignez qu'une question difficile ne gâche la fin, répondez-y puis reprenez en une phrase votre idée centrale : vous aurez ainsi le dernier mot.
Adapter la structure à la durée
| Durée | Introduction | Développement | Conclusion |
|---|---|---|---|
| 3 minutes (pitch, point en réunion) | 20 secondes : accroche + idée centrale | 2 minutes : deux arguments | 30 secondes : idée centrale + demande |
| 10 minutes (présentation en comité) | 1 minute : accroche, idée, plan | 8 minutes : trois parties | 1 minute : rappel, demande, phrase finale |
| 30 minutes (conférence, formation) | 3 minutes | 24 minutes : trois parties avec exemples | 3 minutes, puis questions |
Quelle que soit la durée, la préparation suit le même ordre : objectif, idée centrale, conclusion, développement, introduction. On écrit l'introduction en dernier, quand on sait exactement ce qu'elle doit annoncer.
Préparer sans tout rédiger
Rédiger intégralement son intervention conduit presque toujours à la lire, et lire tue l'oral. Rédigez trois choses : la première phrase, la phrase-clé de chaque partie, la dernière phrase. Pour le reste, un plan sur une page, avec des mots-clés et les chiffres exacts dont vous avez besoin. Puis répétez debout, à voix haute, en vous chronométrant. Deux répétitions valent mieux qu'une heure de rédaction supplémentaire.
Si le trac vous inquiète plus que la structure, lisez aussi notre guide pour gérer le trac avant une prise de parole : une structure claire en est d'ailleurs le premier remède.
S'entraîner à structurer, puis à parler
La matinée de notre formation prise de parole en public est consacrée à la structure du discours, aux techniques d'accroche et de conclusion, avec des exercices courts devant le groupe. Une journée, à Paris ou à distance, 700 € HT par participant.